Le mal de mer de mon ado m'a frappée sur le pont de La Terrasse du Port, à Saint-François, quand son visage a blanchi en quelques secondes et que j'ai compris trop tard que les 187 euros de la sortie passeraient à la trappe. Depuis la région de Poitiers, je suis partie cinq jours en Guadeloupe pour préparer cette balade en famille, avec mon fils de 14 ans debout dehors, au milieu du bateau, les yeux vers l'horizon. En tant que rédactrice professionnelle indépendante spécialisée dans les excursions en bateau, avec 15 ans d'expérience professionnelle, j'ai d'abord cru que sa fatigue n'était qu'un détail. J'avais tort, et le doute s'est installé dès les premières minutes.
J’ai cru que ça passerait tout seul alors que les premiers signes étaient là
C'était un samedi matin très clair, avec le bateau prêt, les sangles rangées et l'eau encore lisse au départ. Mon fils avait envie de sortir, mais je l'avais trouvé un peu raplapla dès le petit-déjeuner, et j'étais sûre de moi. En 15 ans de pratique rédactionnelle, sur une quarantaine d'articles par an, j'ai fini par repérer des détails chez les familles que j'accompagne. Mais ce matin-là, je les ai laissés glisser.
Les premiers signes étaient presque discrets, et c'est bien ce qui m'a piégée. Il bâillait, il fixait un point sans rien dire, puis son regard s'est vidé et son visage a pris cette couleur cireuse que je n'ai pas prise au sérieux. Je me suis retrouvée à lui demander s'il avait mal dormi, alors qu'il avalait sa salive plus plusieurs fois et qu'il parlait de moins en moins. Le mal de mer commence par moments comme un coup de fatigue. Moi, j'ai voulu y voir autre chose.
Là où j'ai vraiment fait n'importe quoi, c'est en le laissant scroller sur son téléphone dans la cabine fermée. Les odeurs de gasoil et la chaleur de la cabine n'ont rien arrangé. Je l'ai senti se raidir, puis se taire d'un coup, avec cette immobilité qui alerte trop tard. Le vent soufflait dehors, mais nous sommes restés enfermés, et la nausée a monté vite.
Le basculement a été brutal. Il s'est assis d'un coup, a demandé de l'air, puis il a vomi avant que je trouve une serviette propre. Après ça, le bateau a continué son trajet, mais la sortie était déjà cassée, et moi je me suis sentie bête, coincée entre la mer calme et son visage encore plus pâle. Le roulis régulier n'a rien arrangé. J'ai vu, en direct, le moment où la balade cessait d'être une balade.
Quand la sortie tourne au cauchemar : les conséquences concrètes d’une sous-estimation
Voir mon ado, habituellement si vivant, réduit à fixer l’horizon en silence, vidé par la nausée, c’est une image qui reste gravée. Pendant au moins trois heures, il est resté couché sur le pont, incapable de manger, incapable de rire, incapable même de relever la tête sans grimacer. Les premières quinze minutes semblaient encore parfaites, puis tout a basculé, et je n'ai plus compté que ses respirations courtes.
L'ambiance à bord a pris un coup sec. Mon inquiétude a pris toute la place, et lui s'est fermé encore davantage, avec ce silence soudain qui m'a fait comprendre que le malaise était bien installé. J'ai été frappée par le contraste entre le décor, très joli, et cette tension à côté de moi. Je me suis sentie maladroite, parce qu'un moment de famille qui devait rester léger s'était transformé en présence vigilante et en phrases coupées court.
Le coût n'a pas été seulement émotionnel. J'ai laissé 42 euros d'essence, 19 euros de sandwichs et 31 euros de stationnement dans une sortie écourtée, sans compter la réservation de l'après-midi que nous avons annulée au retour. J'ai rentré le matériel trop vite, j'ai remis la glacière dans le coffre avec cette sensation de gâchis, et le retour prématuré au port a compliqué toute l'organisation. Les 187 euros de départ ont fini par ressembler à une addition double, d'autant que le bateau n'a servi qu'à moitié.
Le pire, c'est le sentiment d'échec qui est resté après. J'avais prévu un beau moment avec mon fils, et je l'ai vu perdre son énergie à cause d'une erreur que j'aurais pu éviter dans ma tête, pas dans les faits. En tant que Rédactrice professionnelle indépendante spécialisée en excursions maritimes, je parle d'habitude de détails concrets, et là j'ai surtout mesuré ma propre légèreté. Je suis rentrée avec l'impression d'avoir raté quelque chose d'important, et cette culpabilité-là ne s'efface pas vite.
Ce que j’aurais dû savoir avant de partir
Les signaux n'étaient pas compliqués, c'est moi qui les ai ignorés. Les bâillements, le regard fixe, la pâleur, l'hypersalivation et le besoin d'air arrivaient dans cet ordre-là, et le silence venait juste après. Je les note ici parce qu'ils m'ont échappé une première fois, alors qu'ils dessinaient déjà la suite.
- bâillements répétés
- regard fixe qui se vide
- pâleur progressive
- hypersalivation
- silence soudain et besoin d’air
Je me suis trompée en pensant que la cabine protégerait mon fils du vent. En réalité, l'odeur de gasoil, la chaleur et l'air qui tourne mal ont fait monter le malaise plus vite. Mon fils était mieux dehors, au milieu du bateau, à regarder l'horizon et à s'accrocher au bastingage. Le malaise démarre par moments entre 20 et 40 minutes après le départ, pas au bout de la traversée entière.
J'ai aussi mal géré la nourriture. Il n'avait pas le ventre vide, mais il n'avait pas non plus mangé de façon stable, et ce flou a rendu la suite encore plus pénible. Trop plein ou trop vide, chez lui, ça a donné le même résultat, avec deux vomissements en série et une fatigue qui l'a laissé sans ressort jusqu'au soir. J'aurais dû prendre cette histoire de repas au sérieux avant même de larguer les amarres.
Ma Licence en tourisme maritime (Université de La Rochelle, 2005) m'avait appris à regarder la sortie comme un enchaînement de petits paramètres, pas comme une simple envie d'aller prendre l'air.Quand les vomissements se répètent, je laisse le pédiatre prendre le relais, parce que là je ne joue plus à l'amatrice éclairée.
Aujourd’hui, je ne pars plus sans avoir appris de cette erreur
Cette sortie m'a laissée plus prudente, mais pas d'une prudence théorique. Je coupe mes sorties plus tôt, je garde l'ado dehors au premier signe bizarre, et je refuse les écrans en navigation, parce que je l'ai vu basculer trop vite pour refaire comme avant. Avec mon fils, qui a maintenant 14 ans, je n'attends plus le haut-le-cœur pour comprendre que quelque chose cloche.
Je privilégie aussi les trajets côtiers et les créneaux plus courts quand la mer annonce un roulis de travers. Une sortie d'une heure et demie me paraît plus honnête qu'une balade longue. Quand je garde un retour simple, la journée se passe mieux, tout simplement.
Je ne prétends pas savoir quoi faire dans les cas lourds, ni quand un jeune mérite autre chose qu'un peu d'air et du calme. Quand la nausée dure, quand le vomissement revient, ou quand l'enfant garde un teint gris jusqu'au soir, j'ai fini par dire qu'un avis pédiatrique valait mieux que mes suppositions. Ce sujet dépasse mon terrain de sortie en mer, et je préfère orienter vers un pédiatre quand la situation ne se calme pas.
Si j'avais su, avant Saint-François et La Terrasse du Port, que trois bâillements, un regard vidé et un silence pouvaient annoncer la casse d'une demi-journée entière, je n'aurais pas laissé filer cette sortie. Les 187 euros partis dans l'histoire, le visage fermé de mon fils à la Pointe des Châteaux et ce retour trop tôt au port m'ont laissée avec un regret net. Pour quelqu'un qui accepte de voir l'alerte avant le premier vomissement, la sortie avait encore une chance, et j'ai laissé cette chance passer.


